Ces derniers temps, je lis un peu la blogosphère que je délaisse parfois souvent afin de pouvoir plancher sur des briques aux termes parfois compliqués, surtout lorsque que celles-ci sont dans une langue que je ne maîtrise pas bien.
Et bien qu'on vive à peu près tous les mêmes choses, des bonheurs et des malheurs, je constate que certaines personnes savent faire quelque chose que je ne parviens pas: écrire le bonheur. Décrire le bonheur. Ecrire sur le bonheur.
Je n'y arrive pas. Ou très peu.
J'ai tellement besoin de me focaliser sur la douleur du malheur pour qu'elle sorte en crachas de texte afin de pouvoir vivre le bonheur.
Ces derniers mois, et plus particulièrement ces 3 derniers, je me suis rendue compte que je changeais. Encore.
Que la maladie de ma japonaise la transformait mais me transformait aussi.
Qu'elle a même transformé les autres, souvent en négatif.
Ou pire, qu'elle les indiffère totalement.
Un concept difficilement compréhensible pour moi.
D'accord, ce n'est qu'un chien.
Mais dans mon cas, même si c'est de l'anthropomorphisme dont je me fous de ce terme de merde qui ne rend pas service au chien mais tend à le réduire à l'état d'objet, voir à le détruire - dans mon cas, ce chien est mon ami, mon petit, ma responsabilité, un être dont j'ai décidé de m'occuper, quoi qu'il arrive, avec mes petits moyens et mes grands sentiments.
Est-ce si compliqué non pas de comprendre, mais de me foutre la paix avec ma vision de la chose ?
Est-ce si difficile d'ailleurs de comprendre que cette petite fait partie des êtres que j'aime, même si son intelligence ne dépasse pas celle d'un enfant de 2 ans.
Parce que j'ai vite fait le raccourci : ça revient un peu à ne pas aimer un enfant de moins de 2 ans parce qu'il est dépendant et pas très intelligent - même si on espère qu'il ne sera plus tout ça un jour.
Or on sait que le chien le restera (dépendant et con).
Et donc me voilà, à n'avoir plus envie de siroter un café dans un coin sombre si il y a une once de soleil et que ma jap est en forme.
J'ai envie de la voir sentir, écouter, sauter et gambader.
Vivre.
Le bonheur de pouvoir profiter de l'instant présent.
Ca, c'est ce que ma petite jap et tous ses soucis de santé m'ont appris.
De la sagesse japonaise en condensé.
Sa maladie est mortelle et j'ignore combien de temps il nous reste à partager ensemble.
Je me sens bien petite face à ce désastre qui l'éloigne un peu plus de moi à chaque attaque.
Impuissance, frustration, rage et tristesse m'accablent à chaque défaite.
J'aurais préféré une vie calme et tranquille avec elle mais depuis le temps que je suis sur Terre, j'aurais pu prévoir que le courant torrentiel nous siérait mieux.
J'aurais aimé entendre le mot "courage" de mon entourage au lieu de toutes ces démonstrations d'indifférence.
L'humain peut être très expansif lorsqu'il s'agit d'abattre son prochain, mais il peut se faire très discret lorsqu'il s'agit de le soutenir.
Un "courage!" lancé ou une main tendue, ça lui arrache parfois souvent la gueule !
De temps en temps les gens me disent "Voyons, c'est Juste un chien" ou "Tu en dépenses de l'argent, Juste pour un chien".
Ils ne comprennent pas les distances parcourues, le temps passé ou les coûts que ça impliquent pour "Juste un chien".
Pourtant, plusieurs des moments dont je suis le plus fier sont survenus à cause de "Juste un chien".
J'ai passé beaucoup d'heures avec pour seul compagnon "Juste un chien" et je ne me suis jamais senti le moindrement seul.
Certains de mes moments les plus tristes sont survenus à cause de "Juste un chien" et, dans ces jours sombres, le doux contact de "Juste un chien" m'a donné du réconfort et permis de traverser la journée.
Si vous, aussi, pensez que c'est "Juste un chien" alors vous comprendrez probablement des phrases comme "Juste un ami", " Juste un lever de soleil" ou "Juste une promesse".
"Juste un chien" apporte dans ma vie la véritable essence de l'amitié, de la confiance et d'une joie passionnée.
"Juste un chien" fait ressortir la compassion et la patience qui fait de moi une meilleure personne.
A cause de "Juste un chien" je me lèverai de bonne heure, prendrai de longues marches et regarderai vers le futur.
Alors pour moi et les gens comme moi, ce n'est pas "Juste un chien" mais l'incarnation de tous les espoirs et rêves du futur, le doux souvenir du passé et la pure joie du moment.
"Juste un chien" fait sortir ce qu'il y a de bon en moi et me détourne de mes pensées et des problèmes de la journée.
J'espère qu'un jour ils pourront comprendre que ce n'est pas "Juste un chien" mais l'être qui m'a donné l'humanité et qui m'a préservé de n'être que... "Juste un homme".
Alors la prochaine fois que vous entendrez la phrase "Juste un chien"... souriez parce que c'est "Juste qu'ils n'ont pas compris".
[Publié en février 2006 dans Versatile Hunting Dog Magazine par un auteur inconnu, que je remercie pour avoir écrit ce texte "Juste trop vrai".]
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