Dois-je dire que j'avais pas envie de sortir ou devrais-je dire que j'avais envie de m'évader ?
Fuir d'être attachée, rester sans les fous à délier ?
J'ai mal dormi la nuit passée.
Mes sacs pas faits, comme en sens inverse, y a que dans l'urgence que j'avance.
Que j'accomplis.
Rendre ma carte magnétique et récupérer celle de mon identité.
Laquelle ?
Ceux qui sont là sur décision judiciaire ne comprennent pas que dehors je me sens plus mal qu'en dedans.
D'autres ont déjà peur de sortir aussi du cocon, celui ou tu existes, ou on t'observe, ou on te pousse a avancer même si ta coquille est méga lourde et que tes jambes de bois sont cindées.
Je l'ai déjà dit mais vivre 24h/24 pendant 16 jours avec les mêmes personnes, t'as beau dire, tu t'accroches, tu t'attaches, leurs souffrances te bouffent, leurs fous rire t'éclatent.
Ce n'était plus si étrange pour moi.
Je connais les lieux, les couloirs, les machines, le personnel, la chambre 151, les neurologues, les psy/chiatres/cologues/copathes.
Ce que je ne connaissais pas, c'était le stade 4 et la promenade balisée.
J'ai même revu pas mal d'anciens colocs.
C'était certain qu'en pénétrant le Monde Etrange, on fini par y revenir.
Je sais que j'y retournerai encore, au moins une fois.
Pas parce que c'est belge, juste parce que c'est comme ça, une fois.
En tout, je dois avoir pleuré sans m'arrêter 24 heures durant.
Autant d'heures de fous rire.
Autant d'attente et d'espérance, voir plus.
Autant d'examens médicaux et d'électro-bidules.
J'ai pas compté parce que ce TOC a momentanément disparu mais j'ai du avoir 24 fois des carottes plus ou moins.
J'ai tellement changé et tellement pas bougé en 2 ans que je me quadruple au lieu de me dédoubler.
M., il comprend ça.
Quand j'ai débarqué et que je l'ai aperçu dans un des couloirs, je me suis dit "c'est pas vrai, pas lui !" en souriant dans ma tête.
Pourquoi lui, ici, maintenant, en même temps ?
Il est pareil.
Idem.
Il n'a pas bougé et a tellement changé.
Tatoué.
Percé, aussi, dans tous les sens du terme.
Y a tant d'âmes perdues, de corps défoutus, contorsionnés, de la vraie humanité comme j'aime, des sentiments exacerbés, des nerfs à fleur de peau, des larmes invisibles, des dentiers jetés aux rats et ces sourires qui puent l'empathie, ces clins d'oeil qui en disent long sur le regard que tu as, toi.
L'hosto, c'est l'envers du miroir, la matrice sans le décor, le sapin nu sans guirlande, le soleil chaud sans satellite.
C'est l'endroit ou tu vois sans yeux, le reflet de ta propre décrépitude, le film de tes angoisses.
T'as pas envie de partir, t'as pas envie de les laisser là mais c'est pas ton boulot de prendre soin d'eux comme tu ne prends pas soin de toi parfois.
T'as des bonheurs cachés et des tristesses immenses, les rivières sortent des lits à contre-courant et tu nages, rames, seule mais accompagnée.
C'est l'endroit ou tu te rends compte que tu ne comptes plus.
Les 7 premiers jours, on vient te voir, on te téléphone ou t'envoie un sms, la deuxième semaine, tu disparais déjà un peu de la mémoire et le 15ème jour, tu n'existes plus pour ceux que tu croyais.
Tu peux peut-être en profiter pour faire le tri, ranger tes tiroirs et tes couteaux, nettoyer.
Le nettoyage par le vide car les plus belles promesses sont bafouées, jetées aux oubliettes, comme toi, malade que tu es, on te hait.
Tu transpires la mort, la folie, l'inconnu.
Tu fais peur autant que tu as peur.
Tu n'es même plus un souvenir.
Pour certains, tu n'es plus du tout.
Ca fait mal et ça fait rien, c'est simplement comme si tu n'avais jamais existé.
Une toile de fond qui se fond et se morfond de grands moments de solitude.
Tu peux même te prendre pour une décoration, être l'apparence d'un spectacle, le décor d'une mise en scène.
Avec ou sans cadre, tu le ressens parfois comme ça quand tu ne peux plus te voir en peinture.
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