Zip, j’appuie sur "rewind" un moment.
Je rembobine au mois d’août, le 18, le jour ou j’ai pénétré le Monde Etrange.
Parce que j’en ai besoin, parce que j’ai souvent une pensée pour tous ceux que j’ai rencontré là.
...
Je n'ai quasi pas fermé l'oeil, je sais que j'aurai tout le loisir de le faire une fois là-bas.
Du moins je présume car je n'y suis jamais restée plusieurs jours.
Je connais le site pour les nombreux examens que j'ai du aller y faire, le reste ne sont qu'histoires racontées d'autres passés par là en visite ou en vacances, comme moi cette fois.
Mon entrée est prévue à 11 heures.
Ca fait très star.
C. me téléphone avant mon départ, j'insiste pour qu'il n'oublie pas de venir me voir.
Je sais que ce lieu n'est guère apprécié, que certains qui ont juré de venir ne viendront pas et que je devrai signaler à l'entrée le nom de ceux que je ne désire pas voir, ces gens qui ne sont jamais au bon endroit, qui ne sont pas là ou on les attend et qui sont là ou on ne les attend pas.
Le Bisounours a voulu venir la veille au soir chez moi.
Pourquoi faire, je suis dans tous mes états, je ne sais pas vraiment où je vais ni pour combien de temps.
Balancée entre la nervosité et mes AP, j'ai dit non plusieurs fois, il n'a pas l'air de capter mon angoisse.
Tout est prêt.
Il est 10h30, je démarre.
Mes 2-2 sont déjà en vacances chez Papy et Mamy.
J'ai du mal pour conduire.
Je stresse, je me prends une petite déréalisation en passant, cette sensation que je déteste tant.
Je suis là au volant, direction connue et inconnue à la fois.
Y a des travaux, de nouveaux services sont installés, d'autres encore en chantier.
Avant, c'était un hôpital normal, comme ceux ou on examine et soigne le corps.
Y a 3 nouveaux étages, je n'en connais pas les différences.
On m'a juste demandé si je voulais bien rentrer en "observation" afin d'établir un traitement adéquat et voir ou j'en suis.
Nul part, j'en suis nul part.
Pire, c'est retour dans le passé, vingt ans en arrière.
Je me gare devant l’hosto, je sors mon gros sac, je respire un bon coup et j'y vais.
11h00 tapante.
J'arrive à l'accueil, je demande ou se trouve le service ou je dois me rendre.
"C'est pas ici Madame, faut ressortir et faire tout le tour car l'entrée se trouve derrière l’ancien parking en travaux."
Je fais les 200 mètres dans la rocaille, entre les grues, la lanière de cet énorme sac commence à me faire mal à l'épaule.
J'arrive à la bonne entrée - l'accueil - c'est l'entrée des urgences psychiatriques.
J'entre, je laisse tomber mon baluchon, et je dis à la Madame que j'ai une chambre réservée à mon nom.
"Un instant... Votre carte sis s'il vous plaît ?"
J'exécute.
"Vous entrez pour quelles raisons ?"
"Heu... en observation."
"Maladie, cure de désintox ?"
"J'en sais rien, tout ça sûrement... j'ignore ce que j'ai vraiment en réalité, c'est Doc Psy qui a réservé pour moi."
"Ah oui je vois... vous êtes venue comment ?"
"En voiture."
"Qui vous a conduit jusqu'ici ?"
(putain, c’est la guestapo ou quoi ?)
"Moi-même."
"Vous êtes venue ici avec votre voiture, seule ?"
"Ben oui... ?!?"
"Quelqu'un s'occupe de votre voiture pendant votre séjour ?"
"Non, elle restera sur le parking le temps qu’il faudra... étranges vos questions..."
Elle ouvre le sas d'entrée, je ne suis pas rassurée.
Il fait très sombre, y a pas grand monde à part un toubib qui court entre les pièces et un gars qui remplace les bidons de flotte.
On m'a demandé d'attendre là, sur une chaise, ce que je fais.
Et j'attends, un peu inquiète de mon sort.
Quelques minutes plus tard, un infirmier vient me chercher et me demande de m'allonger sur le lit, dans le cabinet du toubib qui va arriver.
Il prend ma tension, mes pulsations, rempli un formulaire avec mes opérations et probs de santé, me fait une prise de sang et s'en va.
Le toubib arrive.
Grand, mince, sérieux, black.
Et commence une foultitude de questions sur mes antécédents physiques et psychiatriques, mes médocs, mes addictions et mon état actuel.
Il est vraiment sérieux, presque sévère le gars, le toubib.
Ben j'espère qu'ils sont pas tous comme ça parce que je commence à me coincer et à devenir aussi brève et sèche que lui.
Il rempli les formulaires, me fait passer dans un autre couloir et me demande d'attendre là.
Purée, c'est un vrai labyrinthe ici, je ne vois déjà plus ou se situe l'entrée.
1/4 d'heure plus tard, une infirmière vient me chercher.
Nous montons au premier.
A la sortie de l'ascenseur, je vois une caméra en haut à gauche, une à droite, et une porte, fermée.
L'infirmière met un pass dedans et j'entre dans un couloir vert.
Un nouvel accueil, avec 4 bureaux, et plein de personnel là-dedans.
On me dit que ma chambre ne sera libre qu'à 14h00 et que je vais devoir patienter.
Je flanque mon sac dans le local de l'infirmier en chef et je... visite.
A droite, dans le couloir principal, y a une porte ouverte qui donne sur une salle de bain.
Puis y a une salle avec des sièges, une TV et un mec qui regarde du foot.
Plus loin, y a une salle avec des tables et des chaises, ensuite un salon et une cuisine équipée sur la gauche.
Y a 4 personnes attablées, qui parlent et qui rigolent.
Et une autre, toute seule, une table plus loin.
Je leur demande si on peut fumer quelque part.
"Oui, ici, c'est fumeur puis dans le salon, tu peux fumer aussi... T'es nouvelle, c'est toi qui va dans la chambre d'A. ?"
"Oui je suis nouvelle, je ne sais pas, ma chambre n'est pas dispo..."
"Ah comme d'hab, y a jamais rien qui se passe comme prévu ici !"
Quelques personnes arrivent et s’installent pour manger.
L'infirmière me dégotte un plateau car je n'étais pas prévue pour le dîner.
Je sais pas, on n'a sans doute pas la même heure sur nos montres.
Y a un gars qui est content, c’est son dernier jour, son dernier repas ici.
Puis la femme qui est seule à la table, elle regarde le mec qui mange seul aussi à l’autre bout de la salle et elle commence à aboyer.
Waouf wouf wouf… comme un vrai 2-2.
Puis elle lui crie : "Toi, l’Américain, je t’ai reconnu malgré ton camouflage !"
Tout le monde fait semblant de rien.
Moi ça me donne envie de rire et pleurer à la fois, je ne connais personne, j'ai pas de chambre, et je commence déjà à m'emmerder.
Je pars chercher mon lecteur mp3 et je vais me vautrer dans le salon, fumer une cloppe.
14h00, y a du mouvement.
Des gens partent, d'autres arrivent.
Y en a des silencieux, d'autres plus exubérants.
Y en a qui rient, d'autres qui pleurent, d'autres qui se taquinent.
Y a comme des petits groupes un peu partout.
Une fille vient vers moi.
"C'est toi Missy'V ?"
"Oui"
"Ah, tu prends ma place, je voulais juste te souhaiter un bon séjour et te prévenir de 2 ou 3 trucs avec la compagne de chambre que tu vas avoir. Elle n'est pas méchante mais juste... chiante. Cache tes affaires, ne laisse rien traîner, même pas ton dentifrice. C'est A., celle là-bas qui boîte et qui a un trou dans le crâne."
"Merci... " (ça promet...)
14h30, une infirmière vient me chercher et m'emmène dans ma chambre.
Ouf, j'ai le coté fenêtre.
Ma compagne de chambre me suit, m'explique son accident, me fait sentir le trou dans sa tête (p'tain), me dit qu'elle a des pertes de mémoire, me suit au pas, regarde ce que je met dans la salle de bain, sur ma table de nuit etc...
Ca me gonfle déjà.
Il y a un soleil radieux dehors et les tentures sont fermées dans la chambre.
Dans la salle de bain, c'est le foutoir.
L'infirmière vient me voir, me tend une clé et me demande de planquer mes affaires dans l'armoire et de la garder fermée à clé.
"Pourquoi ?"
"Votre compagne de chambre a des pertes de mémoire et plusieurs se sont plaintes de voir leurs affaires disparaître, c'est par mesure de précaution. Ah, et puis, ne laisser pas traîner votre gel douche ou votre dentifrice, elle vide tous les flacons qui lui tombent sous la main dans les éviers."
Je sens que je vais me marrer ici, pff.
Elle me saoule déjà tellement a blablater avec la TV qui va à fond que ça m'énerve déjà.
Je prends mon lecteur mp3 et je vais retourner dans le salon.
L'endroit est désert, pas une âme.
Je m'allonge dans le canapé, et je fume une clope, pour changer.
Un mec arrive, il s'assied dans un fauteuil, sans mot dire et se fume une clope aussi.
Derrière mes lunettes de soleil, je l'observe.
C’est le mec que l’autre a traité d’Américain.
Qu'est-ce qu'il a lui ?
Dans un hôpital normal, les gens parlent, on voit des jambes cassées, des perfusions, des bandages, des gens qui marchent tordus de douleurs.
Ils vont au fumoir pour s'exprimer, ils racontent leurs maux.
Ici, rien, ça me pèse tellement c'est étrange ce monde.
Physiquement, les gens sont normaux et ce serait déplacé de demander ce qui ne va pas… dans leur tête.
Je me rallonge dans le canapé, je mets le volume de mon lecteur à fond et je ferme les yeux.
Quand est-ce que je vais voir un toubib ?
C'est vendredi fin d'aprèm et je suis là à glander dans un drôle d'endroit sans savoir ce que je suis venue y faire vraiment.
17h00 pile, je m'en souviens bien car c'est l'heure de retour des "sorteurs".
Un jeune gars vient se flanquer dans le canapé, au bout du "mien" et me dit un truc que je n'entends pas.
"Désolée, j'ai pas compris avec la zik."
"T'as pas du feu stp ? C'est quoi comme zik ? J'peux écouter ? T'es nouvelle ?"
"Oui, tout ça. Dis donc, tu parles pour les autres ici, ça fait étrange d'un coup."
"Oui mais tu verras, à la longue, on s'y fait."
"Heu, j'voudrais pas dire mais je ne suis pas censée rester une éternité ici."
"Ici, tu sais quand tu entres mais pas quand tu sors… " m'a-t-il dit avec un sourire.
Ce jeune m'a raconté qu'il était là en cure de désintox, que ça faisait 3 mois qu'il y était et que c'était son premier week-end de sortie autorisée.
Il était tout joyeux, me racontant comment il allait se rattraper durant le week-end.
"Fais gaffe, c'est un test !" lui ai-je dit.
"Mais non, je connais maintenant..."
Ah, l'optimisme de ces jeunes !
P'tain, 17h30, les magasins vont fermer, j'ai presque plus de cigarette.
Tant pis pour les éventuelles venues des toubibs, je vais vite aller au magasin m'acheter 2-3 fruits et mes sucettes à cancer.
Je file chercher des sous dans mon sac et me dirige dans le couloir vert, vers la porte de sortie.
Bon Dieu, y a pas de poignée à c'te porte, je pousse, je pousse fort, très fort, rien ne s'ouvre.
Un infirmier passe sa tête de l'accueil que j'appellerai désormais "le bocal" et me demande ce que je veux.
Son sourire en coin ne me dit rien qui vaille.
"Je voudrais aller au magasin à coté me chercher 2 ou 3 provisions" lui dis-je.
"Ah ! Vous n'avez pas reçu/lu le Règlement ?" me demande-t-il ?
" Je n'ai pas reçu de... Règlement...?!?"
"Ah ah ! Faudra demander à quelqu'un de vous apporter ce qu'il vous faut pendant les visites alors parce qu'une fois entré ici, on n'a pas le droit de sortir avant le Stade 3 !"
"Quoi ? Pas de sortie du tout ?"
"Non M'dame, c'est en-fer-mé 24/24 sauf pour les examens médicaux ou vous serez, bien sur, accompagnée d'un membre du personnel jusqu'au stade 3."
"Et... je suis au stade combien là ?"
"Au Stade 0 si vous venez d'être admise dans notre service !"
Stade 0 ?
Aucune sortie autorisée ?
Examens médicaux accompagnée ?
Enfermée 24/24 ?
Comment on monte de stade ?
Suis-je une criminelle, une folle furieuse ?
Où suis-je ?
...
Houla... je comprends mieux ce qui t'est arrivé à cet hôpital, et pourquoi ça a duré bien plus longtemps que prévu. Enfermée !
Rédigé par : Ali Baba | vendredi 22 décembre 2006 à 17h59
Je me souviens quand tu nous racontais ton projet de """""vacances"""", dans des termes assez clair sur la nature de celles-ci.
Sans comprendre pourquoi il te les fallait, ces vacances là, je me doutais que ce qui t'attendais serait ce qui t'a en effet attendue. Comme une réminiscence de lieux similaires que mon fantôme a traversé en son temps.
J'en ai été très inquiet, surtout ne te voyant pas revenir, et ne recevant que des messages sur lesquels je me précipitais et qui, horreur et damned, étaient programmés.
Ben voilà, nous y sommes et mon passé revient au galop. Tu vas m'exorciser, hein Missy'V, que tu vas m'exorciser?
Joyeux Noël, tu en as besoin, d'y croire et d'y être. En même temps, tu es la première sur qui tu dois compter, pour y croire et pour y être. Alors joyeux Noël à toi-même.
Rédigé par : andrem | vendredi 22 décembre 2006 à 18h52
putain c'est un peu flippant.
J'espère que tu auras une belle année en 2007.
Pleins de bisous
Rédigé par : denis | vendredi 22 décembre 2006 à 19h41
Ce texte est suffisamment angoissant pour donner une idée que ce que tu as vécu en vrai.
Mais quelle idée de finir sur un suspens pareil! La suite! La suite!
Rédigé par : mathieu | vendredi 22 décembre 2006 à 19h53
Ali Baba: 6 jours en plus que prévu... mais dans quelles conditions... pfiou ;-)
Andrem: J'avais été assez explicite quant à mon hôtel je pense, je n'en savais pas beaucoup davantage.
Désolée de t'avoir inquièté, facteur Nam-Nam a pourtant fait son travail pour donner quelques nouvelles.
Ton passé revient au galop ? Celui avec la camisole ?
Je déconne, j'espère que je ne dis rien de travers, comme trop souvent.
Vais-je réussir à t'exorcicer, je l'ignore.
Tout le monde a besoin de croire à un Joyeux Noel, à compter sur soi en premier et... tout ça, je sais que tu sais.
Joyeux Noël, si pas, Joyeux restant, il est plus long :-)
Denis: C'est que je m'améliore en écriture si ça devient flippant :-)
Merci, je t'embrasse.
Mathieu: Un vrai bad trip réel.
Tu vois un peu les images de certains films dont je tairai les noms, la fille aux cheveux pendant dans les yeux, le regard vide, le corps enveloppé dans une veste blanche ou un pyjama trop grand... le début d'un bon movie ;-)
Je t'ai écrit la suite... :-)
Rédigé par : Missy'V | samedi 23 décembre 2006 à 18h22
L'une de mes deux plus grandes peurs depuis que j'ai voler au dessus d'un nid de coucou. La première la peur de la solitude, la seconde la peur de la folie. Je prie chaque nuit pour que mon esprit me tienne en vie et ne sombre pas. Ton monde étrange me flanque les glandes puissance dix.
Rédigé par : Tr0n | mardi 26 décembre 2006 à 09h43
Tron: La peur est loin d'être une tare, c'est un instinct de survie.
La peur de la folie est une preuve de bonne santé mentale.
Mais la peur d'avoir peur est un handicap, ça j'te promets ;-)
C'est la perception que j'ai eu au début, que c'était un Monde Etrange, je ne sais pas si il l'est plus, il est juste différent et quand t'es pas prévenu, ça fait peur,du moins quand t'es dans l'état ou j'étais ;-)
Les fous ne se rendent pas compte qu'ils le sont, c'est un avantage, comme les cons :-)
Rédigé par : Missy'V | mardi 26 décembre 2006 à 17h03
La nevrose n'est pas la psychose. Je me suis toujours demandé pourquoi les nevrosés étaient mélangés en psychatrie avec les psychotiques. Ce sont deux maladies différentes, deux traitements différents. Un nevrosé qui cotoie un psychotique ? Quoi de plus effrayant et de mauvais pour sa santé mentale à lui ^^
Rédigé par : Tr0n | mercredi 27 décembre 2006 à 16h07
Tron: La diversité, l'échange et la tolérance.
L'apprentissage, celui de sa névrose, celui de la psychose.
Voir et comprendre la différence.
Y a peut-être qu'en les mélangeant qu'un des 2 se rende compte à quel point il est... béni des Dieux... ou pas.
Dans "mon" Monde Etrange, je ne savais pas que tout le monde était mélangé, pourvu qu'il ne soit pas agressif et dangereux pour l'Autre.
Une fois encore, ça dépend ou on place la barre du "dangereux".
Et effrayant, c'est pas dangereux ;-)
Rédigé par : Missy'V | mercredi 27 décembre 2006 à 16h28
Et bien voilà de belles paroles si tu les penses et y crois vraiment :). Je préfère taire mon interprétation alors ;-)
Rédigé par : Tr0n | jeudi 28 décembre 2006 à 10h36
Tron: Moi j'aimerais bien avoir ton interprétation à Toi :-) même si ce que je t'ai écrit plus haut, j'y crois vraiment, ici et maintenant en tout cas.
Rédigé par : Missy'V | jeudi 28 décembre 2006 à 20h44