19/20 août et les jours suivants
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Conter 16 jours passés avec des personnes que tu vois/côtoie 24h/24, c'est pas si aisé.
T'es au stade 0 donc tu ne sors pas du bâtiment, sauf pour les examens médicaux.
Je suis arrivée un vendredi donc je ne sortirai pas, pas même une seconde avant lundi matin, au plus tôt.
J'ai une Copine de Chambre qui me saoule, j'y peux rien, elle non plus de son point de vue.
Je ne me suis pas renfermée sur moi-même et je passe la majorité du temps avec les Autres.
Je les vois en me levant, jusqu'au coucher.
Et à part les rares visites qui sont assez courtes et dont on doit bien respecter les horaires, je ne vois personne d'autre.
Si, le personnel, de temps en temps, une infirmière ou une femme d'ouvrage.
C'est dire que la relation que tu établis avec les Autres est accélérée et multipliée par je-ne-sais-combien.
Tu t'y attaches très vite, tu les vois vivre, du matin au soir, tu les vois manger, délirer, être mal, sourire, jouer, dormir, pleurer.
Tu les entends causer, ils te parlent d'eux, de leur vie, de leur maladie, de leurs maux, de leur famille, de leurs enfants, de leurs parents, de leur job, de leurs collègues, de leurs amis, de leurs loisirs, de leurs addictions, de la façon dont ils voient la vie, avant et après ici.
Tu les vois quand ils crient, qu'ils s'énervent, qu'ils pleurent, qu'ils souffrent de douleurs physiques ou morales, quand ils luttent, qu'ils flanchent, qu'ils baissent les bras, qu'ils fuient, dans le désarroi le plus profond mais aussi quand ils se marrent, qu'ils disent tout et n'importe quoi pour amuser les Autres ou parce qu'ils sont comme ça, qu'ils entendent des voix, qu'ils regardent des choses que tu ne vois pas, qu'ils te donnent leur bouffe parce que t'as encore faim, qu'ils t'offrent de te rapporter ce dont tu as besoin de l'extérieur, qu'ils prennent ton café, qu'ils viennent te réveiller parce que t'as du mal à te lever.
Tu t'énerves aussi parce que la vie en communauté, quelle qu'elle soit, c'est pas toujours évident.
Ici, y a une hiérarchie et des codes de conduite stricts à respecter.
Tu dois mordre sur ta chique et mettre ton côté rebelle au vestiaire ou alors tu ne restes pas dans ce Service.
Tu dois aussi guider les Autres, ceux que tu vois flancher et qui sont momentanément dégoûté ou découragé.
Tu dois aussi pouvoir rester à ta place, l'esprit ouvert mais sur tes gardes, t'as pas le droit de t'attacher comme tu veux, ni de repousser d'ailleurs.
Parfois, tu dois même remettre les gens à leur place, parce qu'il n'y a pas de membre du personnel à cet instant précis dans les parages et qu'il faut garder la tête sur les épaules.
Du moins, c'est ce que j'ai ressenti.
Forcément, tu t'attaches à ces gens-là.
Au personnel soignant comme aux malades.
Aux toubibs comme aux aides soignants ou aux femmes de ménages.
Mais par dessus tout, tu t'attaches à tes Colocs avec qui tu partages désormais ton temps et ta vie.
Y en a qui ne s'attachent pas, qui ne sortent pas beaucoup de leur chambre, qui prennent leurs médicaments et leur repas puis retournent se coucher ou passent leur journée à regarder la TV.
Moi je n'y arrive pas.
Je suis un animal de meute, qui aime bien sa paix mais qui a besoin de contacts humains.
Et j'ai l'intime conviction que je m'en sortirai plus vite en allant vers l'Autre plutôt que de pleurer sur mon propre sort.
Je vais mal, j'ai peur.
Eux aussi, autant partager nos souffrances et s'entraider, même si ça ne coule pas de source quand on le vit.
Je vois bien que ma Maman prend peur, que je ne suis jamais dans ma chambre, que je me lie aux Autres et que ça dérange, quelque part.
Comme si tous leurs maux étaient contagieux et que j'allais attraper leurs névroses et leurs psychoses en plus des miennes.
Et pourtant, j'ai peur de perdre la boule ou de l'avoir déjà perdue.
Il suffirait qu'on m'explique 2 ou 3 choses pour que j'accepte mon état mais jusqu'à présent, on se contente de m'écouter et de me calmer quand les angoisses me perturbent de trop.
Hier soir, j'attendais impatiemment un coup de fil du Bisounours.
On était censé aller au Pukkle Pop festival ce week-end donc je suppose qu'il a pris congé.
Pourquoi n'ai-je pas de nouvelle dans ce cas ?
Finalement, c'est le dimanche au soir qu'il m'a sonné, d'Italie.
J'ignorais qu'il était parti et qu'il avait même fait une escale chez son frère.
En quelle position me situe-je sur sa liste d'importance ?
Ca ne va pas, il s'énerve parce que je trouve qu'il me cache des choses ou qu'il les embellit sans jamais passer le cap de la réalisation.
Je suis mal, triste et frustrée.
Ca veut dire un dimanche sans sa visite, un week-end en plus sans lui et ma 2ème hospitalisation en 2 mois ou je commence à être certaine du futur proche: il ne viendra pas me voir.
W. a bien vu mon désarroi.
Il m'a rapporté du raisin qu'il a cueilli sur le chemin de son retour de balade.
Je le goûte, il est trop sûr, immangeable.
W. part dans sa chambre et revient, un truc en plastique à la main, de loin, on dirait un soleil.
Il dépose mon raisin sur l'appui de fenêtre et place le truc en plastic juste au dessus, me disant que c'est pour faire mûrir les fruits de la nuit.
Il me fait rire, j'ai même fixé le cliché en le photographiant et en lui promettant qu'il sortirait de l'hosto plus tard que prévu si je donnais cet instantané à Doc Psy.
Le stress le dépasse un moment puis il redevient joyeux et nous raconte ses crash en voiture du à son taux d'alcoolémie élevé.
Il a une façon de raconter les choses que tu peux pas t'empêcher de rire même si ce qu'il raconte est dramatique.
Et quand il est en phase maniaque, il en rajoute davantage, t'es plié en 4.
Dimanche, l'hôpital est désert, il n'y a presque plus personne, ils sont tous en week-end et après-midi, ceux qui peuvent sortir sont absents jusqu'à 17h00.
Je dois me reposer mais je ne trouve pas le sommeil.
C. et N. sont venus me voir.
Ils sont adorables, ils m'ont apporté du chocolat, en plus !
Y a des nouveaux aujourd'hui soir.
Je veux dire, des ceusses qui étaient partis en week-end vendredi jusqu'à aujourd'hui.
B., dépression grave.
Elle a perdu son Papa il y a quelques mois et ne s'en est pas remise.
Pourtant, elle sourit tout le temps, un véritable bout en train, le coeur sur la main.
Elle est d'origine marocaine et régulièrement, elle nous fait goûter des petits trucs qu'elle a demandés à sa soeur d'apporter aux visites ou elle fait un goûter dans la salle TV.
G., abus sexuels sur autrui, placé sur décision judiciaire, en attente parce qu'il est toujours mineur.
P., tentative de suicide.
C., dépression, angoisses, sevrage alcool et accessoirement le pied dans le plâtre et en chaise roulante pour l'occasion.
J., dépression, abus sexuels sur mineur.
M.(n°3), dépression grave.
T., il vient d'arriver, tentative de suicide.
L'américain, il s'appelle O. J'ignore pourquoi il est là, je sais juste qu'il a gagné plusieurs fois le championnat au jeu d'échec.
G., lui, a son ticket de sortie pour ici, il part dans moins de 15 jours, il s'en va en maison protégée.
J. est revenu de son week-end.
Quand il est venu me dire bonjour un grand sourire aux lèvres, j'ai eu envie de le secouer comme un prunier !
"Merde J., t'as vu tes yeux ?"
"Oui, j'ai abusé mais c'est pas grave va, t'inquiète ils n'ont rien vu à l'entrée, je suis rentré comme une lettre à la poste !"
C'est à ce moment que l'infirmière est venue le chercher: prise de sang et prise d'urine.
Forcément.
3 mois d'abstinence totale, tout ça pour ça.
Malgré tout ce va-et-vient, je me sens seule et abandonnée, comme si on occultait mon malaise et mes maux.
Comme si mon problème n'existait pas puisqu'aucun toubib n'est venu me voir.
On a encore changé mon traitement pourtant: anxiolytiques à la demande de la journée.
A., ma Copine de Chambre, est revenue de week-end aussi.
Retour dans la Chambre de l'enfer pour la nuit qui arrive.
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Si tu as le temps d'aller sur América, billet du 4 août, les commentaires parlent de toi et c'est dur de savoir précisément comment c'était dans ton "hôtel" comme tu écrivais. Bises
Rédigé par : Marie | vendredi 29 décembre 2006 à 21h29
Marie: On censure maintenant in America ? Mais ou va le Monde... ;-)
Mon "hôtel" était un hosto un peu "spécial", parfois Missy'V a la facheuse tendance à voir les choses comme elle voudrait (ou elle fait semblant... :-) )
Bisous Marie. Dis, j'espère que tu as mis tes gambettes dans l'eau pour moi ?
Rédigé par : Missy'V | vendredi 29 décembre 2006 à 23h07
C'est où América ? on peut lire aussi ? :-)
Rédigé par : Ali Baba | samedi 30 décembre 2006 à 01h19
Ali Baba: Bien sur, c'est dans ma colonne de gauche sous "errer", qui n'est plus à jour mais si tu cliques sur America, le lien est toujours bon ;-)
Rédigé par : Missy'V | samedi 30 décembre 2006 à 01h24
Ah oui, j'avais pourtant regardé...
Rédigé par : Ali Baba | samedi 30 décembre 2006 à 02h20
Ali Baba: Faut que je refasse tout ça plus clairement, ce sera pour l'An prochain ;-)
Rédigé par : Missy'V | samedi 30 décembre 2006 à 02h33
Oh ben ça va, plus que deux jours à attendre :-D
Rédigé par : alibaba0 | samedi 30 décembre 2006 à 04h11
Non, il n'y a pas de censure, beaucoup d'attachement.
Non, les pieds n'étaient pas dans l'eau et comme toi je les ai mis dans de lieux hospitaliers - avant l'accent circonflexe (pas pour moi, mais pas mieux)et j'y pensais, les nouvelles étaient rares ... Bonne année et les autres. Bisous
Rédigé par : Marie | samedi 30 décembre 2006 à 12h23
Ali Baba: Hmm... heuresuement que j'ai pas précisé ni de jour ni de mois :-D
Marie: J'ai pas tout bien capté, je loupe des épisodes, j'essaie de mettre les bons morceaux bout à bout.
Merci, j'me demande tout de même si je ne vais pas changer pour le nouvel An chinois moi ;-)
Rédigé par : Missy'V | samedi 30 décembre 2006 à 22h11
:-p
Rédigé par : alibaba0 | dimanche 31 décembre 2006 à 18h12
Ali Baba: Je deviens de plus en plus dyslexique du clavier, ça ne va rien arranger %-/
Rédigé par : Missy'V | dimanche 31 décembre 2006 à 20h27