Ce matin-là, je me suis levée en pleine forme malgré une très courte nuit, une encore ou je faisais la guerre, un tigre à mes côtés, pour changer.
Il a changé d’avis, je peux venir plus tôt si je veux.
Je veux et je suis partie, les 2-2 dans la bagnole et tout ce qui faut pour 2 jours, sans rien dire.
Parce que j’ai pas osé demandé, parce qu’il a proposé ce plan en souriant.
Est-ce une blague ? Une tentation ? Un test ? Ou tout simplement naturel ?
J’ignore tout ça, je n’ai jamais connu cette forme de respect auparavant et j’en suis un peu retournée, je n’ai plus de repère et j’en perds mon latin, mon répondant, me situant entre l’amusement et la déception.
Je roule vers l’inconnu qui m’attend.
L’inconnu qui signifie " je chamboule tes repères, je suis quelqu’un d’autre… " et il y arrive à merveille.
Pas de garde-fous, plus de points de repères, je suis paumée et enivrée.
C’est lorsque je me rends compte que je suis à 160 km/h sur la 1ère bande et qu’il m’est impossible de me rabattre sur la droite tellement il y a de la circulation que mon coeur se met à palpiter, ma vue se floute, mes mains tremblent.
Je ne vais pas renoncer, dans le pire des cas, je vais m’arrêter un moment et je poursuivrai le chemin qui me mènera ou je veux aujourd’hui.
Tout le monde est au moins 2 dans sa voiture quand je regarde bien, voir plus et moi je me sens alone everywhere parce que je le suis.
Enfermée dans ma tête, mes angoisses et mes émotions fortes.
Qu’importe cette foutue solitude, je te trouverai malgré ce gps qui fonctionne aussi bien que Windows 3.1.
L’avenue principale et puis, plus rien.
Je me perds à gauche, puis à droite, je fais des tours gratos parce qu’il y a des sens uniques partout.
Heureusement que les gens sont cool là-bas sinon ils seraient toujours en train de klaxonner derrière ma maladresse et mon sens de l’orientation inexistant.
3 coups de fil, et plus je sonne et plus ça l’amuse - je suis paumée pourtant, je ne le trouve pas.
J’entre dans une rue, celle qui semble la bonne mais impossible de voir la pancarte ou le nom est indiqué, mon gsm sonne et j’entends sa voix :
" Vas-y avance tout droit encore… "
" Tu es ou ? "
" Chez moi… roules, je te dirai quand tu y es… "
" Mais... tu me vois d’où ? "
" Je te vois de chez moi, avances encore et gares-toi derrière la bagnole verte..."
J’échangerais bien mon gps merdique contre un morceau de cet homme unique si j’en avais le pouvoir.
J’ouvre la portière, j’ai envie de lui sauter dans les bras mais mes émotions m’en empêchent.
Mon cerveau bloque.
Pas de repères sur ce genre inconnu.
Il a 2 chats, et moi 2 chiens terminator, va falloir user d’astuces malgré les muselières, j’ai fait confiance à son feeling mais je respecte autant mon instinct, avec la combinaison des 2, on devrait y arriver sans accident.
Il n’a pas l’air en forme.
Il parle peu.
J’imagine même que je ne suis plus la bienvenue.
Je cogite et je me dis que je devrais dégager avant qu’il ne me le dise.
On s’est trompé de vocabulaire, on ne parle pas la même langue maternelle et j’ai du mal comprendre et interpréter les choses.
Je sais pas trop ou me mettre pendant qu’il regarde le match.
Naturellement, je n’aurais pas hésité à m’allonger à ses côtés.
Et là, je reste comme une porte de bois entrouverte jusqu’au moment ou il me dit de m’installer ou je veux comme je veux.
Je vais aussi m’allonger et fumer un pétard, ça va bien finir par me relaxer.
Je m’enfonce dans le matelas avec le shit, du pur kif marocain.
Le petit problème, c’est que ça ne me rend pas imperméable aux émotions et aux envies mais je vais bien finir par zapper cette envie de toucher sa peau, ses cheveux, peu importe…
On a tellement la flemme qu’on a regardé un film après, d’une consternante débilité par ailleurs, juste le plaisir d’être à ses cotés suffisait.
C’est d’un calme olympien, ça me fait du bien et en même temps, ça m’angoisse.
Une douce angoisse mais une angoisse tout de même.
Encore une fois, je ne connais point les références, ce qui rend la tâche pour moi bien plus difficile.
Il se lève et descend.
Je ne le vois plus remonter, je ne l’entends plus.
Je l’ai bien appelé mais personne n’a répondu.
J’étais prête à faire mon sac, le coeur lourd et rempli d’incompréhensions, quand il est monté me dire que c’était prêt et qu’il m’attendait pour manger.
Peu importe le contenu malgré son regard un peu inquiet, je ne connais pas ce genre d’attentions alors forcément, ça fait plaisir et ça chamboule mon petit coeur plein de sensibilité.
A suivi la ballade nocturne avec les 2-2 qui se croyaient dans le vent sibérien, tirant 2 humains sur la plage comme ils tirent le traîneau sur la neige.
La lune va être pleine et malgré la distance physique, je me sens toute proche.
Tout mon malaise vient de la question de réciprocité et de la réponse inexistante.
Tant que c’est pas noir sur blanc, je vois rien, et je ne visualise rien du tout.
Flou total, en zoom numérique, il va se coucher et moi avec, mais sans lui.
J’ai pourtant eu envie de le prendre dans mes bras quand il m’a souhaité la bonne nuit mais j’ai pas osé.
Je suis paralysée par mes émotions, mes craintes et mes questions sans réponse.
Et les réponses que j’aurais risquent de m’anéantir, j’ai peur, je ne veux pas les entendre.
2 joints plus tard, il a sombré, moi aussi, chacun de notre côté.
J’ai rouvert les yeux avec le son de la télé et le soleil dans les yeux, vers 8 heures du matin.
J’avais bien l’intention de me lever et d’aller faire un tour, peut-être même reprendre tout et laisser un mot, pour disparaître, espérant que ces émois disparaîtraient avec mais je sais que c’est peine perdue alors je vais me rendormir.
C’est sa timide caresse dans mes cheveux qui m’a joyeusement réveillée vers midi.
Le gsm en sourdine, je n’ai pas entendu son sms.
" Good morning sunshine :-) "
Merci, pour le café aussi.
Tu vas faire mourir mon coeur qui n’a pas été apprivoisé par toutes ces petites choses importantes.
Même si je ne lui dis pas, il doit voir quelque chose.
Comme une bouteille à la mer, une Missy’V complètement retournée, perdue et déboussolée.
Diable, c’est plus agréable mais c’est bien plus difficile pour moi de le gérer et de réagir normalement.
C’est presque le sourire sans mot dire, le mot bas timide et réservé ou l’explosion du soleil en moi.
"Tu as faim ?"
"Un peu… "
"J’ai réservé au petit resto à coté, le menu est sympa, y a même une table de pool si tu veux que je te montre… "
" J’ai jamais joué, je suis nulle aux… boules… et l’espace, je t’en parle même pas… "
Ca le marre, moi avec parce que je sais que je vais jouer quand même, comme une cloche mais je vais jouer, sans niquer sa queue de professionnel, sans déchirer le tapis ou fracasser la tête de quelqu’un avec une des boules...
Du moins, je ferai mon best pour.
Une sieste d’une heure avant de partir se promener au soleil.
Je ne dors pas, je rêve.
Je rêve d’une chose que je m’interdis bien cette fois parce que c’est nécessaire.
Je ne sais plus vraiment qui je suis, je ne sais pas vraiment qui il est, j’en suis toute retournée et le meilleur qu’il reste à faire, c’est ne rien faire quand on s’appelle miss-catastrophe-émotions-en-ébullition.
Je suis allée le réveiller, j’ai même pas osé entrer sans demander 3 fois, j’ai tourné en rond avant de m’asseoir à ses côtés, le temps qu’il émerge.
Diable, je ne suis vraiment plus moi, ou je découvre une autre moi qui dormait.
Un petit machin qui est gouverné par ses serrements de coeur et qui ne parvient pas, cette fois, à faire un mini pas vers un personnage tout simple qui l’impressionne.
Le méchant stress de la journée, c’est quand la cuivre a failli bouffer ce petit pochtron de clebard.
Il a du l’étendre a coups de poings dans le museau, elle ne voulait plus lâcher la bestiole qui l’avait agressée sans laisse.
Choquée, énervée tout dedans, désolée… j’aurais bien mis ma tronche dans le sable si j’avais été une autruche.
La journée se termine, le stress est contagieux, il préfère partir près de la capitale en train.
Ca va toujours très vite ces dépôts à la gare, le train étant toujours à l’heure, moi en retard, ça laisse à peine 20 secondes pour se dire aurevoir.
Après c’est le retour seule dans ces embouteillages avec la question de l’après.
Souvent, j’ai pas droit aux après.
Je ne m’y habitue pas, parce que je les déteste ces après.
Ces angoisses du qu’aurais-je du dire – qu’ai-je pas fait – pourquoi ceci – comment cela…
J’ai mis une heure pour faire 20 kms, si seule parmi la foule de gens qui encombrent l’autoroute, les gouttes qui perlent sur mes joues, je ne gère plus aucune émotion.
De la tristesse à la douleur, du sourire à la chaleur des gestes inconnus, de la simple inquiétude à la peur frayeur au sentiment d’abandon, dans les 2 sens.
Au bout de 3 heures, j’ai décidé de m’allonger un moment dans l’herbe d’un restoroute, un chocolat chaud aux lèvres pour réchauffer mon coeur en émois.
J’en peux plus du bruit, du monde, du bitume, des phares, de ma solitude intérieure et de son absence.
Je suis rentrée prudemment comme j’avais promis, le plus difficile est de savoir que toute la semaine durant, il sera assez proche de moi, géographiquement parlant.
Ses petits mots continuent, c’est la seule chose qui me rassure, comme des petites étoiles filantes et scintillantes dans le noir frissonnant.
"Tu me manques déjà..."
C’est sorti tout seul du petit coeur qui bat en moi.
Et je n’ai aucune idée de comment il a reçu ça dans la vue quand il l’a lu.
Je me dis juste que c’est bien moins désagréable qu’un coup de poing dans la gueule, quoiqu’il en soit.
...
Partie, l'espace d'un instant, si long et si court, à la recherche d'une réponse, d'une clarté, d'un peu de calme pour tenter de remettre en place mon système, je suis revenue avec la sensation de basculer de l'autre côté, animée par tant d'émotions désordonnées, des rires, des larmes, de la colère, de la béatitude, des regards croisés, des effleurements de peau, du chagrin et du stress, des questions et des doutes plus encore, un tourbillon d'émotions sans fin, une toupie de bouleversements qui tourne sur elle-même en ne s'arrêtant que pour se fracasser contre un mur.
J'ai du fixer les gens, la route, l'horizon, ses moindres gestes avec la sensation de pencher d'un mauvais coté, celui de l'erreur, des faux pas, des grandes idéalisations et des choses qui font fuir.
J'ai peur, je me fais peur, mes sentiments et mes envies me guident vers un pays qui n'existe pas, d'ou je reviendrai les ailes déplumées, le coeur écorché et la tête embuée.
Je suis si bouleversée par touts ces émois qui se bousculent en dedans et qui me gouvernent constamment que ça en devient un drame de les vivre et une tare d'être si sensible dans ce monde formaté.
Et puis, à quoi ça sert de ressentir ces choses pour soi seule, bien incapable que je suis pour enlever ces nuages noirs devant le soleil ?
Je voudrais pouvoir devenir ce que je suis vraiment, sans avoir à supporter les pensées absurdes, les regards assassins ou les points d'interrogation extra-terrestres.
Ne plus avoir à souffrir de ces émotions désordonnées et incomprises.
Compréhensibles mais incomprises.
Ou ne rien devenir et partir mourir.
Je suis foutue.
Ils m'ont cassée et malgré la colle que je m'efforce d'étaler pour réparer les brisures, tout reste en miettes.
Je ne trouve pas les mots ni les gestes, je ne trouve pas le courage pour aller chercher une potentielle réponse, je ne sais d’ailleurs pas ou chercher.
Je repasse chaque détail en me demandant ce que j'ai fait de bien ou de mal.
Ai-je bien ou mal interprétés les choses ?
Suis-je encore capable de discernement ?
Non, je vois flou en dedans, je vois brouillé au dehors.
Le doute me ronge, ces émotions m'égarent et me rendent stérile.
Les mots restent impuissants, voir manquants, pour les décrire.
J'attends une métamorphose qui ne vient pas, enfermée dans le cocon de mon âme qui me fait souffrir.
Je reste chrysalide et j'étouffe...
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