Je n'ai qu'une seule envie à l'instant présent: débrancher la machine.
Les respirateurs artificiels, comme ceux de l'an passé, mais les imaginaires cette fois.
Bien que j'étouffe réellement au fond de moi.
Je tente vraiment de trouver une bouteille d'oxygène mais rien à faire.
C'est plus de stock, je vis sur une Terre pourrie, dans un souterrain de l'an 2016, un satellite de Titan, une cave à Marcinelle.
Oui c'est ça, une cave à Marcinelle.
Une maison étouffante, emmurée et prisonnière de barreaux.
A Marcinelle, tu sais, là ou Dutroux avait fait la cache.
C'est morbide et monstrueux d'avoir des pensées pareilles, c'est que tous les jours j'y pense à l'affaire Dutroux.
Rien que le nom de ma ville m'y fait penser.
Puis y a la rue, la dite maison, les dessins, les prières.
Puis y a les évènements, une sorte d'extrait de vécu.
Y aussi les lois, les flics, les juges, les procureurs, les délits et les crimes.
La corruption, le pognon, la perversité.
La tristesse, la colère, le dégoût.
La mocheté de l'être humain, en gros.
Faut bien avoir les yeux en face des trous, ce quartier est moche.
Cette baraque me sert de toit mais je ne m'y plais pas du tout.
L'absence de jardin et les foutus voisins ont beaucoup contribué à cet état de dégoût.
Je ne suis qu'une âme dans une enveloppe psychique détériorée, elle-même enveloppée dans un corps foutu, lui même cloué dans une baraque asphyxiée.
J'étouffe, je me rue comme un rat de laboratoire dans un labyrinthe sans sortie, je termine mon bout de course, complètement essoufflée de n'avoir rien trouvé.
Pire, une espèce de mort à l'âme.
Mercredi, fin de journée, monsieur Sunshine ne semblait pas très relax de sa journée mais visiblement heureux de pouvoir m'annoncer qu'il n'était pas (encore) emprisonné.
"Casper ne t'as pas encore réveillée ?" (private joke)
"Non, je l'ai enchaîné à la cave. T'es libre alors ?"
"Oui et online."
J'ai rencontré monsieur Sunshine sur internet et pourtant, monsieur Sunshine n'a pas internet, c'est donc très rare qu'on puisse converser en ligne.
Faut que j'aie les yeux en face des trous avec monsieur Sunshine parce que parfois, je dois aussi lire entre les lignes.
J'ai raté quelques occasions de le voir parce que je ne lisais pas bien entre les lignes.
Ou que j'ignore totalement comment fonctionnent les relations humaines en réalité.
Il faut souvent un décodeur.
A eux ou à moi.
C'est pas si simple de bien se comprendre et de prendre les phrases dites en français pour du vrai français, sans sous-entendu ni malentendu.
C'est un apprentissage me concernant.
Pourtant, ça l'angoisse et le met mal à l'aise quand je n'en emploie pas.
Tellement simple de dire à quelqu'un: tu me manques.
Tellement compliqué de le recevoir simplement.
En tout cas, je fonctionne comme ça avec lui, que ça lui plaise ou pas.
Au fond, j'ai déjà sûrement dit que c'était surement plus agréable de recevoir ce genre de phrase en pleine gueule qu'un coup de poing, non ?
Il semble pourtant qu'il soit plus facile de rétorquer à la torgnole qu'à ceci.
Et ça ne me dérange pas plus ses subtiles esquives parce qu'il ne sait pas quoi dire.
Parce que je lui ai appris à dire "je ne sais pas quoi dire" et même à ne rien dire, depuis.
Je ne lui manque pas, je lui manque peut-être, il n'ose pas le dire de peur que je l'interprète à ma façon.
Tu sais, la façon que j'aimerais ne lui convient pas, ça je le sais.
Mais comme je le sais, c'est pas grave.
Faut avoir les yeux en face des trous, j'ai accepté sa façon de me voir et ses sentiments non réciproques à mon égard.
Je ne sais pas exactement ce qu'il ressent mais je sais que ça n'a rien à voir avec ce que je ressens pour lui.
C'est peut-être dommage, peut-être pas, je n'en sais rien au final.
J'aime bien son honnêteté, ça c'est une chose certaine.
Et notre relation n'est pas amoureuse et encore moins amicale.
Nos comportements ne sont pas en rapport ni avec l'amitié ni avec l'amour.
C'est pour ça que ça me pétrifie, parce que ça peut partir comme c'est venu.
Faut avoir les yeux en face des trous et se rendre compte que tout peut s'envoler du jour au lendemain.
Mercredi soir, je suis donc partie à sa rencontre.
Visiblement, ses potes n'étaient pas au courant de son retour soudain et moi je peux garder ma promesse de lui parler de tout sauf de cette putain de journée et de cette foutue affaire ou personne ne comprend plus grand chose.
Et il nous fallait rattraper le ciné qu'il avait du annuler la veille.
J'ai demandé à mes parents si ils pouvaient, une fois encore, garder mes 2-2.
Ils ne disent rien mais s'imaginent que c'est la gloire pour moi.
Enfin, j'imagine aussi.
Tellement de non-dits dans cette famille qu'à moi toute seule à monologuer, j'ai laissé tomber.
J'ai déposé mes 3 2-2 et je suis partie, ne précisant pas moi-même dans combien d'heures/jours je serais de retour, l'ignorant moi-même.
C'est toute une aventure et c'est pas toujours gérable avec la vie et ses obligations.
Mais faut avoir les yeux en face des trous, au moindre blème/sms/coup de fil, je suis de retour pour mes 2-2.
Mes 2-2, c’est toute une histoire, bien plus grande que tu peux l’imaginer.
Personne n’a d’ailleurs jamais compris mon point de vue ni ma passion et encore moins mon obstination.
Notamment quant à leur éducation.
Ma mère s’est même amusée à m’appeler madame Thatcher tiens.
Ce qui me rassurait plutôt qu’autre chose car j’aurais pu perdre la niak plus d’une fois et dormir sur leur carpette ou me faire bouffer par des monstres comme on en entend parfois parler aux infos.
Ben oui, faut avoir les yeux en face des trous, si t’as pas la pèche ni l’esprit de meute, vaut mieux avoir des chiens en peluche ou des postures en terre cuite.
Ne pas mendier à table, ne pas grimper dans le canapé, ne pas détruire, ne pas voler, ne pas pleurer ni hurler en mon absence, tout ça, c’était des trucs normaux pour mes 2-2.
Et leurs longs séjours chez mes parents pendant mes hospitalisations, je les ai payé cher de ma personne.
C’était amusant hein pôpa de laisser traîner un bonbon sur la table et te marrer parce que le gamin était pile à sa hauteur et cherchait à le voler ?
Ca te gaussait de le voir arriver à chopper le bonbon en catimini et le bouffer en stoemeling.
Je peux te dire que c’était moins marrant pour moi de devoir lui enfiler une muselière pendant que je cuisinais parce que le dernier morceau de viande qu’il a volé sur la cuisinière pendant que je prenais mon assiette pour dîner, il avait un goût de trop peu, tu vois.
C’était devenu épuisant et inefficace d’essayer de les faire taire après 22h parce que chez vous, ils hurlaient à la mort et vous trouviez ça fascinant d’entendre les sons lugubres en pleine nuit.
Sauf quand vous dormiez, c’était pas gai ça.
Pour moi non plus, pour les voisins encore moins j’imagine même si je ne les porte vraiment pas dans mon coeur.
En bref, faut avoir les yeux en face des trous, c’était me dépanner pour mieux m’enfoncer.
C’aurait été des enfants à la place, ils seraient complètement déphasés et seraient catalogué d’enfants hyperactifs, ronchons ou carrément diaboliques.
Ne pas les regarder, ne pas les caresser, les mettre dans la voiture et conduire sans avoir l’envie de me prendre un violent poteau, ça a été dur comme tu peux pas t’imaginer.
Les rentrer un par un dans l’établissement, remplir les fiches et les conduire chacun à leur tour dans les cages d’abandons sans m’effondrer, je sais même pas comment j’ai fait.
J’ai pas tenu le coup d’ailleurs, je me suis vautrée en regagnant la voiture et mon genou est tout cabossé, oui, celui de l’accident, celui qu’une conasse m'a bousillé.
Je ne sais pas si c’est la haine, la colère ou le dégoût qui m’empêche de pleurer à chaudes larmes mais faut avoir les yeux en face des trous, j’en chie dur.
C’est vide ici sans eux, c’est vide dans cette baraque et vide dans mon coeur.
Je n’ai plus aucune raison de me forcer à mettre mon nez dehors ni à faire mes exercices contre les AP.
D’ailleurs je n’ai aucune envie d’aller me promener toute seule comme une pauvre conne.
Quand t’as quelqu’un, ça s’appelle une balade.
Quand t’as un chien aussi.
Quand t’es toute seule, ça s’appelle se faire chier dehors parmi des gens que tu connais pas et des tocards dont tu n’as rien à foutre.
Tu te fais emmerder pour une clope, on te siffle comme si t’étais le chien et je vois pas l’intérêt de faire 15 fois le tour du pâté de maison pour perdre 12,87 calories, à part entrer un jour dans un froc 36 taille basse et avoir une corde dans le cul.
Quel intérêt ? Aucun, faut bien avoir les yeux en face des trous.
Au final, le peu d’énergie qu’il me restait leur était réservée.
Maintenant, je me fous qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige.
Je me fous d’avoir des tunes pour acheter des croquettes et de la viande.
Je me fous que leurs carpettes soient nettoyées ou pas.
Je n’ai plus de raison valable de me lever le matin, de respecter les voisins de peur qu’on empoisonne mes chiens, de ne pas partir en pleine nuit au milieu de nul part ou tout simplement de vivre comme tout le monde.
C’était une raison d’exister et une façon de vivre.
Là, faut avoir les yeux en face des trous, ce n’est pas un sentiment de liberté qui me gagne, c’est celui du dégoût profond qui m’enchaîne...
Marcinelle c'est pour moi la catastrophe de 1956 et, plus avant que je n'ai pas connu, le refuge de français à la guerre 14 et les tickets d'alimentation ... quant à rentrer dans un froc taille basse en 36, il faut avoir les hanches étroites parce que même à 40kg ça ne passera pas et puis la corde ça fait épaisseur ... Tu n'as jamais pensé à faire grand'papy-sitter ?
Rédigé par : Marie | dimanche 20 mai 2007 à 18h24
larmes ...
Rédigé par : farang | dimanche 20 mai 2007 à 19h20
Marie: Oui c'est tout ça aussi, un certain patrimoine et des mémoires, que les gens salissent d'ailleurs...
Si je reste tendue comme la corde, ça irait peut-être ?
Garder des papys qui cognet dans les mollets des femmes avec leur caddie ? Nan, nan, nan !
Farang: Dur-dur :'-(
Rédigé par : Missy'V | lundi 21 mai 2007 à 16h58
Pourquoi ? les papys piquent les caddies pour les mettre chez eux ? d'abord il faut les choisir !
Rédigé par : Marie | lundi 21 mai 2007 à 19h52
Marie: Je ne sais pas si c'est pour les voler mais ils roulent à toute vitesse dans les grands magasins, impossible de les suivre...
Rédigé par : Missy'V | mardi 22 mai 2007 à 23h38
Et encore, personne ne m'a vu en dérapage contrôlé en tête de gondole sur une flaque d'huile d'olive.
Signé: Le Papicémoa.
Rédigé par : andrem | mercredi 23 mai 2007 à 10h33
"Quand t’es toute seule, ça s’appelle se faire chier dehors parmi des gens que tu connais pas et des tocards dont tu n’as rien à foutre."
Hier soir j'étais tout seul. Je suis sorti dehors à 21 h tout seul, j'ai marché tout seul, je me suis promené tout seul, j'ai regardé tout seul, j'ai pris des photos tout seul et je suis rentré tout seul. Il faisait beau et en fait, le soleil m'a accompagné tout du long. J'aimerais bien rencontrer des tocards au moins ça m'occuperait.
Rédigé par : Tr0n | mercredi 23 mai 2007 à 14h14
Andrem: Si si, monsieur le Wisigoth, je connais bien tes dérapages controlés ? :-)
Tu as besoin d'une nounou ?
Tron: J'aimerais bien ne plus rencontrer des tocards, même à 23h.
On pourrait échanger nos positions géographiques ;-)
Rédigé par : Missy'V | mercredi 23 mai 2007 à 20h13
Pour un concours de circonstance, c'en est un, je te sauve les jambes et tu peux sans souci garder les papys - tu peux prélever la preuve, elle n'est pas gardée. Bises
Rédigé par : Marie | mercredi 23 mai 2007 à 20h14
Andrem: C'est une affirmation, pas une interrogation dans la première phrase.
Rédigé par : Missy'V | mercredi 23 mai 2007 à 20h15
Marie: sourire... Bisous à toi.
Rédigé par : Missy'V | mercredi 23 mai 2007 à 20h49
Non je garde mon donjon et ma sèvre niortaise, le coin est joli et sympa. Mais j'aimerais bien une nounou comme Andrem aussi xD
Rédigé par : Tr0n | mercredi 23 mai 2007 à 23h21
Tron: Ouais, c'est beau chez toi.
C'est Marie qui parlait de nounou ;-)
Rédigé par : Missy'V | jeudi 24 mai 2007 à 00h18
Merdouillasse.
Non c'est pas plus joli qu'ailleurs.
Mais je veux bien une nounou. Si vous en connaissez une hésitez pas ! Ca devient urgent d'avoir de la tendresse là, et je dis bien tendresse. La solitude ça me ronge à mort là.
;)
Viens passer des vacances dans le sud ouest, tu verras c'est pas mieux qu'ailleurs !
Rédigé par : Tr0n | jeudi 24 mai 2007 à 11h25
Tron: A choisir entre le bord de mer et les usines, y a un mieux quelque part me concernant.
Et la tendresse bordel ? Tout fout le camp...
Rédigé par : Missy'V | jeudi 24 mai 2007 à 14h41
Oui de la tendresse bordel ! Je demande pas la lune !
Bon c'est vrai j'ai l'océan pas trop loin, j'habite en centre ville pour mes deux apparts, j'ai plein de sous mais... C'est pas ça que je recherche ^^
Rédigé par : Tr0n | jeudi 24 mai 2007 à 16h52
Tron: La tendresse, personne ne semble encore savoir ce que c'est... Bienvenue en Occident, année 2007. Pfff :-(
Rédigé par : Missy'V | jeudi 24 mai 2007 à 21h39
Bah j'ai jamais connu de filles tendres ou qui aimaient ça... Et après j'entends que les mecs sont des brutes. Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier alu !
J'vais mitrailler en boite de nuit la prochaine fois et lyncher toutes ces poufs qui recherchent du footeux et qui se plaignent après de pas avoir un mec qui en a un peu dans l'crâne... C'est la luuuuuttteeeuu finalllleeee !
Rédigé par : Tr0n | jeudi 24 mai 2007 à 23h40
Tron: Mouarf, la marmotte.
Les gens ne savent pas ce qu'ils veulent, ne sont jamais contents et n'osent pas le revendiquer.
Y a un tas de grosses brutes et de grosses pouffes, et si t'as le malheur de donner un peu de tendresse, tout le monde fout le camp parce que c'est pas d'époque, ça fout la trouille cette putain d'affection.
A défaut de devenir des robots chimiques, beaucoup deviennent des robots tout court.
Y a pas d'issue, pfff :-(
Rédigé par : Missy'V | vendredi 25 mai 2007 à 01h54
Non mais baiser pour baiser parce que la chimie robotique le veut c'est pas mon truc. Ma main fait en général beaucoup mieux dans ce genre de cas. J'ai besoin de temps, de dialogue, d'attachement, de tendresse bien avant toutes ces histoires de cul. Bien sûr que j'aime ça ! Mais j'me rends compte que je ne cherche pas ça du tout. Je veux de la passion... Amen.
Au gniouf les connards et les pétasses ! Les footeux et les mannequins !
Rédigé par : Tr0n | vendredi 25 mai 2007 à 10h09
Tron: Ben si tu trouves ou y a des gens comme ça, tu me dis ?
Parce que quand y en a, c'est pas réciproque, y a vraiment de quoi se flinguer.
Rédigé par : Missy'V | vendredi 25 mai 2007 à 14h55
Je croyais que la réciprocité c'était simple à trouver. Depuis quelques temps je vois ça différemment.
Rédigé par : Tr0n | vendredi 25 mai 2007 à 15h19
Tron: Arrêtes-toi là avant de voir ça à ma façon :-(
Rédigé par : Missy'V | vendredi 25 mai 2007 à 22h05
Trop tard.
Rédigé par : Tr0n | samedi 26 mai 2007 à 12h28