Et oui, c'est le papier que j'ai reçu de ma mutuelle qui m'octroie des indemnités et le droit aux vacances jusqu'en… 20072.
Fonctionnaires, vous feriez bien de vous relire avant de signer, c'est pas sérieux, je ne vivrai jamais jusque là !
Et puis on nous demande de ne pas profiter du système, hein ?
C'est pas tout que vous perdez constamment mon dossier, qu'il faille que je vienne vous voir toutes les semaines ou vous téléphoner pour vous rappeler d'effectuer le virement parce que je ne peux pas payer mes factures, qu'il ne m'est plus possible de vous demander si je dois manger mes chiens en attendant puisque la SPA en a tués 2 et que ma vieille Toutoune n'est pas trop grosse pis surtout, ça doit être de la bidoche bien coriace, vous vous trompez ENCORE, à mon avantage, soi-disant, dans mes dates de vacances.
Moi je veux bien bénéficier des indemnités jusqu'en 20 072 mais serait-il possible, s'il vous plait, de bien vouloir me verser la totalité des 180 siècles à venir maintenant ?
J'insiste car j'ai un excellent sens de l'organisation et je me débrouillerai bien toute seule pour gérer mes sous et en mettre de coté pour mes très vieux jours promis !
Un truc comme ça, en Belgique, ça ne passe pas.
Si t'es employée pistonnée du moins, parce qu'on va dire que la madame s'est trompée et qu'elle a signé sans faire attention.
Bon ok, mais la madame est en vacances maintenant, elle a signé sous l'emprise du je m'en foutisme et voilà, tout est permis.
Peut-être qu'aux Etats-Unis, j'aurais une chance de gagner mon dû, non ?
Bien sur que si puisque c'est complètement aberrant... et que ça m’a ENCORE occasionné des soucis de paperasseries.
God bless America and the Fucking Bullshit Investigations.
...
Ceci dit, c’est bientôt l’heure des vacances.
A l’étranger.
Rien que le mot me fait peur.
Synonyme de férié, de repos et inaction, ça me fout les glandes.
C’est comme plein de dimanches l’un à la suite des autres.
Ces sacrés week-end ou j’me fais chier, ou je vais au ciné toute seule, je me promène toute seule, je m’emmerde toute seule aussi.
C’est synonyme d’interruption aussi.
Ca va faire un an que je suis déjà en interruption de travail et ça ne s’améliore guère.
C’est aussi synonyme de loisir et de détente.
Ca c’est le plus dur, me détendre le corps, et l’esprit, surtout.
Si je pouvais arrêter de penser, panser, d’essayer de comprendre, de cogiter et de réfléchir, je pourrais peut-être méditer et rêvasser à la place mais je n’y arrive plus.
Tous ces projets qui me passent à la barbe et au nez, ces désirs et ces frustrations qui s’installent doucement mais sûrement, et toute cette tristesse qui m’envahit si souvent et si profondément.
Vacances, c’est aussi synonyme de régime, pied foulé quand pas cassé, angine de la mort, accident de moto, nonante-deux quatre-vingt douze points de suture, ongles sévèrement incarnés, varicelle, 30 jours en chaise roulante, premiers secours et hôpital, prison break, attaques de panique… et j’en passe.
C’est aussi les couples sur les plages, les mains dans les mains, les baisers salés, les corps minces et bronzés et toutes ces choses qui me rappellent à ma solitude et mon jeune temps passé.
En même temps, je ne suis pas encore dans l’ère l’air du 3ème âge, les eaux bleues translucides et les chauds rayons jaunes ne me laissent pas (encore) indifférente, j’aurai mon lecteur mp3 et mes bouquins.
Et ma maman.
Y a très longtemps que je n’ai plus passé de vacances avec ma maman.
C’est une lève tôt, moi pas.
Elle a peur de l’eau, moi pas.
Elle adore crever de chaud, moi pas.
Elle peut manger ce qu’elle veut, moi pas.
Elle garde la ligne, moi pas.
Elle peut marcher aussi longtemps qu’un dromadaire dans le désert, moi pas.
Elle ne fume pas, moi pas moi si.
Elle a un mari, moi pas.
Elle aime la solitude, moi pas plus.
Elle est speedée, moi pas.
Elle est toujours ma maman, moi pas.
Je l’adore comme je la hais.
Chaque année, elle part avec Papa, et pas cette fois.
"Tu ne l'as pas vraiment mérité mais tu en as besoin."
J'ai presque pleuré quand mon père m'a dit ça.
La première raison est que pour qu'il dise ça, c'est que je dois être dans un piteux état.
Vraiment piteux.
La deuxième, c'est que ça me touche qu'il puisse enfin dire ce genre de choses.
La troisième, c'est que j'ai peur de partir, de me sentir mal là ou je vais ou de m’y sentir bien et de me sentir très mal à mon retour.
La dernière est qu'il lui arrive quelque chose alors que je ne serai pas là.
Et ma Toutoune.
Et mes angoisses profondes.
Si c'est pour me sentir comme je me sens mal par moments-qui-s’étalent, c'est dommage, je ne profiterai de rien.
Je serai sur un nuage désagréable et je ne savourerai rien, n'ayant qu'une idée en tête, vais-je un jour sortir de cet état horrible qui me sort de la réalité ?
Y a fallu accorder nos violons quand à une quelconque destination.
Y a également fallu un truc pas cher et ou je sais dire "urgences" et "premiers secours" dans la langue locale.
Bref, y a eu du taf... avec l’espoir de ne pas devoir me servir de l'assurance annulation ou quelque chose dans le genre.
...
Une journée à regarder les folders, les pays, les villes, les hôtels, les tarifs etc.
J’abdique pour son premier choix ensuite elle me montre un hôtel super sympa dans je ne sais plus quel pays, en all inclusive, all sport.
Ma tête, pour ceux qui connaissent l’amour que je voue au sport.
"Et qu’est-ce qu’il y a comme sport ?"
"Tir à l’arc, ping pong, tennis, vtt, canoë à pédale etc…"
"Sérieux, tu as l’intention de faire plein de sport ?"
"Non hein Missy'V !"
"Ah, tu m’as fait peur parce que moi je sais même plus si j’arriverais encore à faire du vélo !" lui ai-je dit.
Fous rires… et elle me demande si je vais me débrouiller en italien ou en allemand parce que elle pas.
"Ben je sais pas M’an, en anglais pas de prob mais le reste..., c’est quelques phrases."
Je vois qu’elle continue à chercher, l’air un peu soucieux, et qu’elle s’éloigne du choix de départ pour arriver vers l’Espagne.
"Et si on allait là, hein ? L’hôtel est coté meilleur partout par les belges."
"Heu… aller là pour voir des belges alors ?"
"Non mais au moins ils parlent français..."
"Tu sais M’an, y a la France aussi ou ils parlent français et je préfère à l’Espagne."
Fous rires encore.
Je la déstabilise en lui disant qu’il faut pas que je tombe malade, que je prenne l’assurance annulation, que je sache dire hosto dans toutes les langues… pourtant c’est vrai, si il m’arrive une crasse, hein.
Sachant tout comme moi que c’est très probable, ça la ramène à la réalité et sans doute qu’elle a peur.
"Et en Turquie on n’irait pas ?
Ou en Roumanie, hein, j’ai toujours rêvé de voir le pays de Dracula ?
Ou en Bulgarie ?
Ou à Santorin ?
Cos, Chios ?
En Hongrie ?"
"Brrr, fait froid…"
"Au Maroc ?"
"Fait chaud !"
"M’an ! Grrrr, en Tunisie ? Madère ? Ibizaaaaaaaaaaa ?J’en peux plus !"
"Moi non plus !"
"Tu vois que c’est facile à comprendre ce que vivent les gens riches, ils ne savent plus quoi faire ni ou aller car ils passent leurs journées à chercher ou aller en vacances dans les catalogues et ça rend fou, tu vois ?"
"Ahahah, j’ai mal au crâne."
J’te le dis, c’est puissant épuisant de chercher après des vacances, surtout que pour nous, y a le paramètre "prix" qui intervient vachement tu vois ?
J’en peux plus et ma Maman qui pleure de rire.
Au départ elle voulait retourner ou elle est allée l’an passé mais y a des centaines de marches pour descendre à la plage, ça a tué mon père qui s’est vacciné pour cette année.
"Bof, les marches... ouais."
"Tu feras pas comme ton père hein ?"
"Quoi ?"
"L’année passée, il est descendu les premiers jours puis il n’a plus voulu à cause des marches."
"Ben moi M'an, à mon avis, je descendrai mais je ne remonterai plus, c’est monter qu’est dur en fin de journée."
Ahahah, elle se poile.
Puis, plongée dans un autre pays, elle me montre un endroit, woaw, c’est beau, c’est ou ?
"Une île grecque mais… c’est pas pour personne à motorité limitée."
"M’an, chuis pas handic à ce point quand même !"
"Oui mais tu râles pour les marches..."
"Mais non, je joue avec tes pieds, uhuh !"
"Han, parce qu’ici c’est pentu et il y a l’air d’en avoir beaucoup plus tu sais..."
"Quoi ?!? Mille marches pour aller faire un saut dans l’eau ? T’es sure qu’il n’y a pas un saut en parachute avant ?"
Ahahaha !
"J’en peux plus, choisis toi !" qu'elle fini par me dire.
"Un safari au Kenya, ça te dit ?"
"Ah nan, je suis crevée !"
"Ben… une cure de sommeil à la mer du Nord alors ?"
"Dis, t’abuses !"
Ahahah, chuis pliée.
"M’an, je m’en fous, sérieusement, c’est ou tu veux."
"Aide-moi, moi aussi c’est pareil mais tu me laisses pas me démerder en langues hein, suis une trouillarde moi, tu sais bien."
"Et moi j’ai des attaques de panique, tu veux qu’on se loue une chambre au CHU de Charleroi ?"
Ahahah , j’en peux plus, j’ai mal au crâne, j’avais plus ris avec ma mère comme ça depuis des siècles.
Et le choix du transport. En train, en avion, en bateau, en car ?
"En bateau, une p'tite croisière ?"
"Non ! Tu sais bien que j'ai peur de l'eau, je ne sais pas bien nager. Je préfère l'avion alors !"
"Pourquoi, tu sais voler peut-être ? Uhuh !"
"Ahahah ! T'es biesse Missy'V. Sérieusement, en car, en train, en avion ?"
"Moi je préfère l’avion, tu sais bien mais si toi tu flippes, bof."
"Tu flippes pas toi en avion ?"
"Nan M’an, moi je flippe n’importe ou avec mes AP alors tu sais, au sol ou aux cieux, peu importe…"
Ahahah !
"Pa, t’es sur de vouloir rester ici et de garder les clebs ?"
"Oui, certain !"
"Même si il n’y a plus 300 marches ?"
"Ouiii, pourquoi ?"
"Parce que c’est plus simple que je reste ici comme d’hab et que vous partiez tous les 2, comme d’hab, hein, une croisière, t’auras pas besoin de marcher ?"
"Je reste ici, tu pars parce que t’es souvent enfermée dans ton trou, c’est pas logique..."
"Bah, t’en fais pas… j’écris ma vie, ça passe le temps. Et si tu vas mal ? Et si les clebs se battent et si…"
"Pars en vacances je te dis."
"J’avais dit je partirais même seule, mais bof. J'ai des angoisses doubles M'an."
"Hey ça va, c’est étrange tes angoisses, ça te prend puis tu pars à Paris pour je ne sais combien de jours, ou en Suisse, chez des inconnus et tu me laisses juste avec ton numéro de GSM, tu sais que tu fais ça régulièrement et que je stresse ?"
"Oui M’an, je sais que c’est étrange, je suis une aventurière paniquée."
"Quand c’est pas à l’étranger, sans assurance en plus, c’est dans les festivals, les concerts et les manifs ou y a des centaines de milliers de personnes… je comprends pas trop."
"Oui je sais, c’est space M’an, je comprends pas non plus, quand ça me prend, je pars je ne sais ou sans trop réfléchir, c'est ça la vie d'artiste."
"Et en Grèce, t’étais pas encore partie comme ça à l’aventure ?"
"Si en last minute avec mon sac à dos mais j’ai tout de même logé ailleurs que chez l’habitant, je me suis tout de même pris l’hôtel et tout..."
"Ouais, et t’es revenue ensanglantée en boîtant !"
"Ben oui, p’tit accident de moto, ça arrive hein..."
"T’as remis tes papiers en ordre ?"
"Oui, tout est en ordre de mon coté, parce que la mutuelle, elle me tue (marrant hein ?)"
"Ahahaha ! Comment tu veux que je m’inquiète pas avec une fille sosotte comme toi ?"
"Deux M’an, 2 filles, et l’autre est plus loufdingue que moi…"
Et je lui ai laissé tous les catalogues, moi je me suis juste concentrée sur le bruit des vagues.
...
C'est pas tout ça mais dans quelques 24 heures, je devrais être à l'aéroport.
Je serai à l'étranger un 21 juillet, comme c'est dommage !
Je ne pourrai pas regarder le défilé militaire à la TV pour la fête nationale belge.
Et je devrais être de retour et en une seule pièce pour le TomorrowLand Festival, si les anglais et les hollandais daignent me laisser un pass...

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