Après avoir dansé, sauté, écouté, blagué, déambulé dans les rues, arborant un t-shirt rempli de la gueuze des autres, je me suis assise sur cette table métallique afin que mon jean serve de torchon belge.
Autrement dit, une serpillière.
Je ne collais pas à cette table mais mon pantalon bien.
Je les regardais se disputer, comme le font les gosses de 8 ans.
Se raconter les mêmes histoires, comme le font les gens biturés.
Il n'y avait plus de musique, juste le brouhaha des gens les plus déglingués qui font toujours les fermetures de tout.
J'aurais eu peine à retrouver la gare toute seule, c'est la raison pour laquelle j'attendais, patiemment, que mes compères décollent.
Puis il est arrivé, avec son futal déchiré, son polo légèrement entrouvert, sa dégaine décontractée et son couvre-chef de vacher.
Je me suis dit qu'il allait faire comme les autres, pisser derrière la banquette, à l'abri ... de rien.
Ou me demander une clope, ou du feu, voir une bière, carrément.
Mais il est venu doucement me chuchoter à l'oreille un:
"Je peux te poser une question sans me ramasser une claque ?"
"Vas-y, on verra si tu résistes à la gifle ou pas..."
"Tu viens dormir avec moi ?" m'a-t-il demandé tout en reculant la tête.
Non, je ne l'ai pas frappé.
Je lui ai dit que mon chien était chez C. ainsi que ma voiture, que j'attendais mes potes pour moi rentrer, dans l'une ou l'autre direction.
Il est resté interloqué et du coup, a insisté:
"S'il te plait, viens dormir avec moi..."
Non je ne l'ai pas trouvé pathétique, il était même très attendrissant dans sa détresse.
J'ai immortalisé ses yeux, parce que c'est toujours ce regard qui me tente.
Je ne parle même pas de la couleur mais de la substance et de l'intensité qu'il y avait dedans.
On ne sait pas ce que les gens spéculent dans leur tibia quand on les aborde.
Mes pensées n'étaient pas plus catholiques du tout et si j'avais été un animal je lui aurais certainement sauté dessus.
Je n'ai pas compris quand il m'a dit ne s'être jamais fait draguer, et son discours de coeur blessé et d'âme perdue m'attirait irrésistiblement.
L'appel de l'adrénaline, face à l'étrange et à l'interdit, encore une fois.
Celui qui fait mal parce qu'il a mal, qui le pense et le dit.
Cette foutue authenticité du réservé désinhibé un rien agaçant.
Mais je ne pouvais pas, je n'avais pas sommeil et... je ne l'aurais pas laissé dormir.
Le danger je le sens mais c'est plus fort que moi.
"Donne moi ton numéro de phone, je te rappellerai."
"Ouais... j'y crois pas, tu ne me rappelleras jamais."
"Ecoute cow-boy, j'ai passé l'âge de prendre des chemins détournés, si je te demande ton numéro ça veut dire que je te téléphonerai."
Etait-ce le bon numéro, était ce une élucubration, allais je réellement rappeler ou changerais-je mon fusil d'épaule pour m'éviter la post-pendaison ?
Je me suis dit que ça ne m'engageait à rien d'envoyer un mot le rappelant à moi.
Mais je m'étais aussi dit que le jeu s'arrêterait là, lui au bout du fil, bourré puis débourré.
Sûrement la faiblesse de ne pas faillir à ma promesse, et l'espoir qu'il soit moins farfelu que moi.
Ou qu'il sache tenir les rênes tel un chef indien, sans perdre mon nord.
3 phrases plus tard et 3 fois rien, je sais que je suis marquée et que laisser tout tomber là, je n'en ai pas envie.
J'ai essayé de virer ce regard de mes yeux et de mes pensées.
J'ai tenté de balayer le goût de trop peu et de pas assez de mon esprit fantasmagorique.
Foutue attirance que j'aime tant ressentir et que je maudis parce qu'elle m'épuise.
Puis j'ai flanché après son craquage.
Mon message était tellement cash que je me suis dit qu'il m'expédierait si vite que je serais obligée de bloquer mon attraction à son égard.
Mais de jeu de mots en jeu tout court, on s'est fixé un autre rencart.
15 heures furent trop courtes, on n'a pas eu le temps de dire ni faire tout ce que l'on avait envie.
Il me manque l'essentiel et le superficiel, le dessert qui n'est jamais assez long, alors qu'il est déjà suivi d'une envie d'entrée, à nouveau.
Le café et le pouce, entre ses doigts mêlés.
Je n'ai pas non plus résisté au ixième rendez-vous un peu plus loin, encore une fois.
De bouffe en bar, on a continué à vagabonder.
Claqués aimantés, on s'est vautrés dans le canapé devant le plasma futuriste et le dvd de brocante.
A cet instant précis, j'ai aimé la claquette, les mots de mâle dominant, les caresse aigres-douces, le regard taquin, la moue boudeuse, les pourquoi incessants, le rosé qui cogne à la tête à 6h du matin, les feintes à la Friends, le sérieux du relayeur d'infos, le cynisme face aux gens, le putain d'irrespect pour les conventions, les mimiques de gamin, le sérieux de vieux quand il veut, les mille facettes d'anges et de démons.
Incernable cerné, des gouttières sous les yeux, je sais qu'il me hait, même enlacés.
Mon coté femme l'exaspère, même si ça l'arrange que j'en sois une lorsque nos chairs s'embrassent et se mélangent.
Comment c'était encore quand j'avais vraiment son âge ?
C'est tellement pareil, quand je suis avec lui, j'ai 17 ans.
Il dépasse toutes les limites que je n'ai moi-même jamais eues, car parfois, d'être grande, je n'en ai pas le cran.
Je suis tombée dans ses yeux comme on tombe malade.
C'est un ange déchu.
Je sais que je vais payer pour ça, que les génies du mal(e) vont revenir me tirer vers le bas alors j'en profite de tout ce que tu me donnes et de tout ce que tu (me) retiens.
Merci pour ton amour, ta haine.
Moi aussi, un jour je t'aimerai moins, jusqu'au jour où je ne t'aimerai plus...
Encore une fois.


C'est moi où le côté loup blessé, ça marche, avec toi ? ;)
Profite va. On est bien peu de choses, au fond.
Je t'embrasse
Rédigé par: Anne | mercredi 28 octobre 2009 à 08h47
Anne: Ca marche et ça doit se voir, même sans écharpe sponsorisée par le WWF ou Royal Canin.
Les yeux de Cocker aussi ça marche, forcément ;-)
Je t'embrasse fort ma belle.
Rédigé par: Missy'V | mercredi 28 octobre 2009 à 13h42
Il te manque une dimension "animale", tu penses trop .. Every day.
Rédigé par: Marie | vendredi 30 octobre 2009 à 20h29
Marie: La dimension animale est bien présente (je pourrais rajouter un malheureusement) mais ce foutu truc qui sert à penser est parfois si... inhumain. Every day :-(
Rédigé par: Missy'V | samedi 31 octobre 2009 à 22h03