...
Le lendemain, je me réveille, la langue encore bien gonflée, je mange, je n'ai presque plus de sensations désagréables, je regarde dedans ma bouche, au-dessus, en-dessous, j'ouvre grand mon bec, j'articule, c'est ok, ça ne se verra quasi pas quand ma langue aura retrouvé un aspect plus... mince.
Je m'exerce aussi:
- bonjour (ça pouvait aller) mais le - s'il vous plait et le - merci, quel horreur enfer.
Merzzchi, merzzhi, zchi zous plait, zchi zou plait, merzhi, zchi zou plait...
Galère, galère.
Bon, faut aller voter, donner sa carte d'identité, recevoir les listes, et surtout, dire merci et s'il vous plait à tout vent (parce que je suis polie moi d'abord des fois).
J'ai pas trouvé mon bureau de vote de suite, j'avais encore déménagé donc nouveau patelin, nouveaux bureaux, nouveaux gens, bref... tu réfléchis pas à dire 'excusez-moi' ou 'pardon', ça sort comme ça:
" Ze serzshe la rue untelle zchi zou plait ", et ça le fait !
J'te l'dis, Isabelle Mergault, elle assume la nana !
Bureaux trouvés, votage effectué, j'paume les clés de ma bagnole.
Retour aux bureaux et rebelote:
"Z'avez pas vu des clés de vouature zchi zou plait ? "
Heureusement le ridicule ne tue pas !
Pas de clé en vue, pas moyen de reprendre ma voiture, j'ai un choix: celui de téléphoner à mon père qui détient les doubles.
Et que le pôpa y sait pas que j'ai une voix zarbi avec un trou dedans en plus dedans la bouche.
Pour couronner le tout, je dois entrer dans un magasin que je ne connais point pour pouvoir demander un téléphone parce que mon gsm est, je le rappelle, un mobile plus ou moins fixe que j'avais oublié chez moi.
Et c'est reparti les zchi zou plait et j'appelle mon pôpa:
"Allo... ? "
Pôpa décroche.
Déjà, il va râler parce que j'ai encore paumé un truc, et les clés de voiture avec boite de verrouillage central et tutti quanti of course.
"Allo, Pôpa ?"
"Oui Missy'V, bonjour ! " (paternel sérieux, genre sévère et déjà agacé…)
Je ravale ma salive, essaie, sans résultat, de rétrécir et amincir ma langue, retrouver une voix normale et enlever ce zozotement infernal mais:
"Pôpa, z'ai un prob, z'ai perdu les clés de la vouature en allant vzoter et ze zai pô repartir d'izchi... tu zveux... "
"Dis, mais t'as bu ou quoi ?"
"Non z'ai pô bu, z'ai un bobo à la boushz"
"Raconte pas des salades, tu t'entends peut-être pas mais t'as l'air défoncée, t'as pas intérêt à ce que maman te voie dans cet état !"
"Z'te zure que z'ai rien bu Pôpa..."
Et paf, le pôpa me raccroche au nez.
Alors je poireaute, je retourne aux bureaux de vote, je recommence mes exercices de diczsion et j’ai à nouveau mes clés grâce à un gentil humain qui les avaient retrouvées et laissées au dépôt.
Contente, je remonte dans ma bagnole et vite, à la baraque, j'veux plus voir personne avant que ma langue ne soit normale et que je sois capable de parler normalement et comme dans un état normal.
Je pensais que mon pôpa en était resté là, irrité par mon supposé état.
Mais en tout bon père, il était venu à ma rescousse, ne m'avait pas trouvé près des bureaux de vote, avait repris le chemin en passant devant chez moi et... avait vu la voiture que j'avais paumé les clés dans ma saoulographie non effective.
Ding dong ding dong ding dong (rien que le doigt qui reste sur le bouton de sonnette et j'entends bien l'énervement), j'ouvre, pattes de velours:
"Z'our Pô"
"Tu te fous de ma gueule Missy'V ou quoi ?"
"Nan, z'vai t'exchliké..."
"Missy'V, tu as bu, ça s'entend, c'est pas la peine..."
Et là, j'en ai plus pu:
"Ben regardze" lui ai-je dit en montrant ma langue tout en cachant le piercing loin derrière.
"Ouh ! Ben je suis désolé, j'ai vraiment cru que t'avais une douffe… ça va aller ou tu veux aller à l'hosto ou parler à ta mère ?"
"NAN ! NAN, NAN, nan, zcha va aller. Tout za bien ! Bizou à maman, zi z'est pas mieux demain, z'irai zsché toubib, no zouzaye !"
Ahahaha ! Ça doit être convaincant !
Hilarant, j'me marre encore en me remémorant la tronche de pôpa (pardon Pôpa).
Mais c'est que c'te langue, elle va rétrécir vite parce que je vais pas pouvoir couvrir le secret longtemps avec ma môman.
Si elle apprend que j'ai une langue grosse comme ça sans savoir pourquoi, elle va paniquer et si je lui montre pourquoi, je vais me faire engueuler sa mère et avoir une tête ainsi et des blablas au secours mes noreilles.
Lundi matin, l'empereur, sa femme et… (je disjoncte !), je me lève, je file devant le miroir, j'ausculte ma langue qui a fameusement dégonflé.
Brossage des dents, gargarisation et expression à voix haute en articulant:
"Szil vous plait !"
Hum... presque ça.
Exercices matinaux: merci et s'il vous plait, sans faute, sans s, z, ch, vz, etc.
Mardi matin, même cinoche, résultat: je reparle presque comme d'hab.
De temps en temps, ça fourche avec la tige très longue et la langue très rétrécie.
Pour manger, ça m'énerve, j'ai toujours cette envie de cracher la boule que j'ai sur le bout de la langue.
Et je commence à avoir un nouveau tic: frotter la boule contre mon palais puis la faire rouler contre mes dents.
Ensuite, la tige est tellement longue, que ça devient amusant de la caler entre 2 dents et tirer dessus.
J'ai plus mal du tout.
Et raclaclaclacla... contre les dents, presque sans m'en apercevoir.
Visite de C.
"Ca va la langue ?"
"Oué, super ! (raclaclacla) "
"Ah, ça y est, t'as choppé le tic déjà, avec les dents ! Ahah !"
"Oué, ça m'ennuie emmerde dis..."
"Je me suis cassé 2 dents comme ça, fais gaffe quand tu manges avec la tige qui se calle entre 2 dents, quand tu claques ta mâchoire, ça brise les dents qu'il te reste !"
"Hey merde, j'ai pas envie de me niquer les dents moi !"
"Enlève le piercing alors."
"Ben… non plus !"
C. ricane.
Moi pas trop.
Le tic, les dents skettées, j'aime pas ça mais il me plait bien mon piercing de langue.
Mercredi, je téléphone à Dame-pierceuse.
"Je voudrais changer ma tige, elle est trop grande, ma langue est redevenue normale."
"Déjà ?"
"Oui !"
"Bon, viens, je vais regarder mais généralement on doit attendre 7 jours minimum au cas ou..."
Hop, je refais les bornes, j'arrive chez Dame-pierceuse et, en effet, ma langue est on ne peut plus normale.
"Ca j'ai jamais vu, plus une trace au bout de 4 jours, tu es sure que tu veux changer la tige ?"
"Oui, oui, certaine, je veux une tige normale petite."
La tige petite normale mise, tout va mieux, j'ai plus envie de cracher ze boule quand je mange, je parle comme avant, mais... je garde ce fichu tic de jouer avec le piercing, tout le temps.
En quelques mois, j'ai du changer 4-5 fois la tige de longueur pour enfin trouver une tige d'un peu plus de 1 cm à peine, histoire de ne plus jouer avec ni me casser les dents.
Maintenant, c'est tout facile, y toutes sortes de longueurs de tiges, des bijoux en plastic pour pas se niquer toute la bouche, des boules à dessins, de couleurs, etc.
Z'ont de la chance les djeun's quand même.
Et là, d'un coup, j'y repense... et j'ai la langue qui brûle depuis, avec le zus de zsitron, les zananas, les figues fraiches, et plus de 1 kiwi aussi (oué, c'est prézis).
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