Du clair-obscur de se trouver entre 2 feux...
Dans une position ambiguë, avec des sentiments et des pensées ambivalentes.
Celle dans laquelle la société te met, au milieu d'un cocoon ou tu deviendrais presque intouchable cette fois et d'ou tu ne sortirais jamais, juste quelques bulles d'espoir, celles de victimes qui prétendent qu'il y a une vie après.
Bien sur, y en avait une avant, même pendant.
Alors après, pourquoi y en aurait pas ?
Je parle de l’abus sexuel et je parle d'une vraie vie, une ou tes nuits ne sont pas hantées par ces cauchemars et ces cochonneries que tu as faites contre ton gré ou pas.
Celles que tu as subies, mais celles aussi dont tu t'es sortie.
C'est bien facile de penser à un aveu, un procès et une justice.
Et le temps passe, y a prescription alors t'es morte pour de bon cette fois ?
Même si t'es contre la peine de mort parce que les droits de l'Homme, tu es en plein dans le pays dedans qui les adulent (juste de loin).
Parce que même si tu te dis que ce gros porc, puis l'autre aussi, puis celui qui commanditait tout ça, tu les verrais bien dans une chambre à gaz, ou sur la chaise électrique ou bien même dans une énorme urne ou tu les passerais à tabac avant de les enfumer et de les envoyer dans un ailleurs, ton ambivalence surgit.
Et même qu'on ne la comprend pas.
Comment peux-tu côtoyer un abuseur ?
Même deux je dirais.
Et plus en vérité, si tu savais, si je le savais.
Parce que c'est pas marqué sur leur front.
Non, je ne côtoie pas mes abuseurs mais j’en côtoie d’autres.
Tu dis juste:
"Et si c'était ton père l’abuseur ?"
"Je le nierais, je l'enverrais en taule, je le tuerais et..." tant d'autres réponses, celles qui ne sont pas les miennes.
"Et si c'était ton fils ? Ton enfant ?"
"Ah ben... ", le silence se fait.
Parce que les parents portés à l'échafaud, c'est de mode, mais les enfants, la chair de ta chair, le clone, celui que tu as créé toi-même, il ne peut être que parfait.
Ou c’est ton amour inconditionnel qui intervient.
Moi ça change tout, j'ai pas d'enfant, j'ai facile avec mon égoïsme.
C'est un père et un filleul.
Abuseurs.
Je les ai à l'oeil, et le bon, tous les deux.
Mais la société qui a peine à enlever ses oeillères sur les tabous du sexe, celle qui encense les enfants et crache à la gueule des adultes et parfois le contraire, les inaptes et les dégénérés, elle a bien du mal à parler de la façon de se sortir de cette horrible carcasse qu'on te fout sur le dos en plus de ce que tu as enduré: cette carcasse de victime, ce machin foutu que l'on prétend protéger de son mieux.
Et on pointe du doigt ces abuseurs, sans jamais parler du monde qui les entoure, comme si ils étaient seuls au monde à porter leurs travers.
Tu vois des documentaires sur les parents des plus grands assassins, les frères et soeurs de criminels en puissance, les enfants de pédophiles toi ?
Moi pas.
Je vois x, victime, et z, abuseur.
Et encore, je les vois comme on me les montre.
Après Jésus crie...
Et pourtant, je fais partie de cette catégorie de gens, celle qui vit avec des abuseurs dans son entourage proche.
Celle qui ne comprend pas plus qu'un autre, celle qui porte le poids de la souffrance de l'être abusé aussi.
Fameuse ambivalence.
C'est pas "comment vis-tu avec ça ?" mais "comment tu peux vivre comme ça ?"
La nuance est de taille, imagine dans l’intonation.
Comme s'il fallait te rendre coupable une fois encore.
Ou victime.
Ils ne commencent à réfléchir à la difficulté de la chose que quand tu essaies de projeter "ça" sur leur progéniture.
Les victimes d’abus sexuels n'ont principalement qu'une réponse:
"Ce ne serait plus mon fils/ma fille !" (faut pas croire)
Les autres, non victime d’abus sexuels, répondent différemment.
Aux premiers, si tu poses la même question en identifiant l'enfant futur à un assassin, la réponse est différente.
Tuer serait donc moins grave que violer aux yeux de certains ?
Assassiner engendre des circonstances atténuantes, de la compréhension.
Presque de la compassion, même si on ne parle pas de quel cas de figure il s'agirait, c'est d'office moins grave.
Je n'ai par contre pas eu la possibilité d'interroger les victimes d'assassinat, parce qu'il me plairait d'avoir leur avis, simplement.
Juste comme ça, histoire d'avoir leur point de vue personnel de mort et enterré.
Je ne nie pas la gravité des actes, quelques crimes qu'ils soient.
Chacun reflète sa propre histoire à travers ses dires.
Chacun pointe les actes des autres selon son vécu.
Mais j'aimerais bien qu'on parle de la difficulté de descendre de son piédestal ses parents ou ses enfants criminels, ces intimes qui ne sont que de faibles humains défaillants (et ce n’est point une excuse), cette difficulté à dénoncer un proche et le traîner au tribunal, et comment on vit avec ça, avec toutes ces ambivalences sur le dos.
L'humain est monstrueux.
De penser que certaines choses, heureusement, n'arrivent qu'aux autres.
De penser que d'autres, heureusement, n’arrivent qu'à eux.
De penser que celui qui dénonce est une raclure.
De penser que celui qui ne dénonce pas est une saloperie.
Que côtoyer un coupable, c'est monstrueux.
Que (re)nier ses proches, c’est abominable.
Que se taire est une horreur et parler en est une autre.
Ce jour là, dans le commissariat, je ne sais pas ou je me situais.
Je savais juste qu'il fallait qu'il avoue et qu'il purge sa peine.
Je ne sais pas si un jour il recommencera.
J'ai juste su que ses paroles n'étaient que mensonges.
Que quelque soit son âge, ado de 14 ans ou criminel pseudo précoce, gamin que j'adore pour être sa marraine, ou monstre en puissance, il est difficile de rester neutre, objective et de prendre les bonnes décisions quand ça nous touche au plus profond de nous mêmes et que surgissent alors les démons du passé et notre propre histoire...












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